Hotel Room: la suite Lynch au Lutetia

Hotel Room: la suite Lynch au Lutetia

Oui, on y a dormi.

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Ira-t-on jusqu’à parler d’obsession? Les hôtels traversent l’oeuvre de Lynch. Du l’Hôtel du Grand Nord dans Twin Peaks à la chambre 603 de la serie Hotel Room, des motels sordides traverses par ses personnages au Lost Highway Hotel ou au Park Hotel de Mulholland Drive, la liste est longue, la fascination particuliere et ce qui s’y noue se finit generalement mal . A Paris pourtant, pas de drame: c’est au mythique Hôtel Lutetia que Lynch signe une suite sublime et intrigante peuplee d’oeuvres d’art et … tres parisienne!

Episode 1: découverte de la Suite Lynch // Juin 2012. Un lit double, une cigarette, 2 cafes serrés

Pas de chambre 603 mais une suite 111 dont la pancarte enlève tout doute possible: “Suite Lynch”. Pas le temps de trembler d’émotion, nous déboulons dans la suite comme des gosses. Lâcher nos sacs, lancer des regards partout, parcourir les lithographies qui habillent (qui habitent plutôt) le salon et sa cheminée, le vestibule, la chambre – un regard tout de même pour le lit et son plaid couleur fourrure sombre, le temps de courir vers la fenêtre. Une sculpture autour d’une chaussure à talon, pointure 34. Un canapé. Des tons doux sur les murs: beige poussin (n’existe pas), violet gris (n’existe pas), des lampes Art Déco. On est bien au Lutetia, mais on est surtout chez Lynch (qui soit dit-en passant, en a toujours fait son hôtel de prédilection lorsqu’il vient à Paris). Tiens? Une note: “cette chambre est fumeur”. Révolutionnaire et délicieusement rétro! On imagine l’artiste démolir ses paquets dans le petit salon, ou sur le balcon qui donne directement sur le boulevard Raspail et le square de Sèvres-Babylone. Derrière, le Bon Marche: pour le moment, on s’en fout.

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Café machine (“damn’, that’s a good coffee” and “no fish in the percolator”), se poser et réfléchir, après avoir mitraillé la suite, faute de mots, les photos pourraient bien nous servir. Il n’empêche. Episode 1, post-generique: aller aux toilettes dans une suite Lynch. Ça se complique. S’asseoir sur les WC et se dire que Lynch y est passé aussi. Même pas bizarre! Se décline en multiples versions: “il a pris son café ici”, “il a place ce tableau là”, “il a dormi là”, “il a fait quelque chose (voir aussi: il n’a rien fait) ici“, c’est sans fin. Suis à deux doigts d’y penser en me rasant. Replongeons-nous dans les lithographies, aujourd’hui nous ne sommes PAS intéressées par les produits de salle de bain (Annick Goutal, ligne bio, pour les amateurs). Celle du vestibule est incroyable: “I write on your skin how much I love you”. Voilà, c’est exactement cela. Un tatouage de mur pour une pensée qui frôle le mode de vie.

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Un mini-bar auquel on ne touche pas. Room service? Il doit y avoir du bourbon. Pas ce soir.

Episode 2: la machine à rêves

“For a millennium, the space for the hotel room existed undefined. Mankind captured it, gave it shape and passed through. And sometimes in passing through, they found themselves brushing up against the secret names of truth.”

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 On reste dans une chambre d’hôtel: check-in, check out et découverte moelleuse des oreillers. En deux rangs, les pieds sur le plaid puis dans les draps, sous des tableaux bienveillants et étranges. Pas de dreamcatcher dans la suite Lynch, mais des “dreammakers” en pagaille. On ne sait pas encore de quoi on va rêver mais ce sera sûrement aussi fragmentaire qu’un Mulholland Drive, beau et sombre comme un tableau d’Odilon Redon, ou cauchemar fétichiste en talon taille 34. Passage dans la salle de bain, lavage de dents au-dessus des doubles vasques, laisser une chance au sommeil. Are you into fairy tales?

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Dormir au Lutetia, ce n’est pas demander à l’hôtel quelle est son histoire, comme on le fait souvent; c’est plutôt apprivoiser tout ce qu’il porte déjà, des décennies de fantômes, d’habitues et d’évènements en clair-obscur, et y ajouter sa propre expérience. Ce qui tombe plutôt bien, dans une suite pareille. Pour les amateurs de Lynch qui auraient visionné la série Hotel Room, souvenez-vous des 3 épisodes qui se déroulent dans la même chambre mais à des époques différentes: l’âme du Lutetia est dans cette veine (sans les déboires des protagonistes). Les gens passent, repassent, y créent leurs histoires, vivent l’Histoire de l’hôtel – mais au final, un même esprit subsiste. Nous, on le ressent dans le parquet qui grince que l’on devine  sous la moquette et dans les couloirs, le bar et la brasserie de l’hôtel qui ne semblent jamais désemplir.

Avant tout, fumer une dernière cigarette alors que la nuit tombe sur le Boulevard Raspail. Vu du premier étage, c’est déjà irréel. Bonne nuit, je crois.

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Episode 3: un matin n’est jamais un épilogue

Même si il y a quand même un goût de “dernières fois” à quelques heures du départ de l’hôtel. Prendre son petit-déjeuner au restaurant de l’hôtel, tendance produits biologiques et choix d’un buffet qui nous occuperait bien des heures, oui, mais surtout procéder aux derniers rituels.

Se remettre à neuf: “you need to use the bathroom? There’s a bathroom”

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Le ciel depuis le balcon

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Derniers regards

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Boucler nos bagages de parisiennes

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Remettre ses chaussures, mais pas celle-là

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Eteindre la lumière.

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Et refermer la porte, mais pas derrière soi.

Site internet de l’Hôtel Lutetia

lien direct vers la page dediée à la suite Lynch

45, boulevard Raspail

75006 Paris

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